Réalisation · matali crasset

Quand Jim monte à Paris

Le premier projet. Trois ou quatre versions avant de trouver la formule qui tient debout.

Designer
matali crasset
Année
1998
Type
Colonne d'hospitalité

« Jim est une réponse à l’exiguïté des appartements parisiens : accueillir un ami dans les meilleures conditions lorsqu’on ne possède pas de chambre d’amis. »

matali crasset, designer

Jim plié : une colonne de feutre jaune dressée contre des portes blanches, à côté d'une chaise en bois
Plié · la colonne
Une installation aux parois bleues et blanches, avec un tapis rose au sol, une lampe rouge et, à droite, une colonne de feutre vert
Jim à Milan
Jim en trois états sur fond blanc : la colonne de feutre grise, le matelas posé à plat sur son sommier, et le matelas roulé
Plié · déplié · roulé

Le récit de fabrication

Notre rencontre tient à un dessin.

matali avait publié un sketch de Jim dans la revue Intramuros. Philippe et moi sommes tombés dessus, nous nous sommes croisés plusieurs fois, et nous avons fini par prendre rendez-vous. Jim est devenu notre premier projet commun. À l’époque, nous n’avions presque rien édité, et c’est précisément ce qui lui a plu. L’idée qu’on allait apprendre ensemble, en faisant.

Ce que matali apporte, c’est l’intention : un objet entièrement dévolu à l’invité, qui ne se replie pas en autre chose, qui ne ressemble pas au clic-clac qu’elle déteste. Ce que nous apportons, c’est le moyen de le faire tenir. Et ça, ça nous a demandé du temps.

Il y a eu trois ou quatre versions. La première était en carton alvéolé, ce nid d’abeille léger et résistant venu de l’aéronautique, recouvert d’un sky que matali trouvait très beau. Sauf que le fabricant a cessé de produire ce sky, et que le carton se pinçait sur les bords. Un coup de vent et l’objet tombait. Trop fragile.

On est passé au contreplaqué : des feuilles, des tasseaux tout autour, une boîte rigide pour loger la mousse. Solide, efficace. Mais lourd. Il fallait imaginer qu’une femme de taille normale puisse soulever cette pièce et la poser au sol. Moi, à un mètre quatre-vingts, je commençais déjà à peiner. C’était mort.

« Tout notre travail, c’était d’en faire un objet qu’on peut vraiment utiliser, assez léger pour pouvoir le plier et le déplier seul. »

Bruno Domeau

La solution est venue de notre autre métier. Dans la sellerie automobile, on fabrique des matelassures : on colle une mousse sur un revêtement, on coud par-dessus, ça raidit l’ensemble. En coinçant une mousse entre deux matériaux identiques, puis en pinçant l’ensemble par une couture, le panneau se contrebalance de lui-même. Posé à la verticale, il tient droit. Posé à plat, il redevient souple. On avait trouvé la formule.

« Le public comprenait vraiment l’idée de Jim comme d’un espace qu’affirmaient la lampe et le réveil, et non comme un banal lit d’appoint. Et ce terme, auquel je tiens beaucoup, apparaissait comme une évidence : la colonne d’hospitalité. »

matali crasset

Nous avons présenté Jim au premier Salon Satellite de Milan, en avril 1998. Toute la semaine, les gens passaient, revenaient, comprenaient. Les commandes sont arrivées d’Italie, d’Allemagne, du Portugal, des États-Unis avant la fin du salon.

Jim a fini par prendre des vies qu’on n’avait pas prévues : paravent, tapis de jeux, dortoir. C’est très bien ainsi. Les meilleurs objets finissent toujours par échapper à ceux qui les font.

Illustration du fanzine : un matelas gris et une silhouette orange sur fond blanc, par Éric Doxat

Le fanzine · Domeau & Pérès

« Il ne s'appelait pas Jim, mais Hervé. »

Il me disait toujours : « Si tu veux t’envoler, il faut que tu te débarrasses de toutes les merdes qui te pèsent. » Sa passion, c’était de grimper, passer les cols, aller voir derrière. Frayer dans les crevasses ou franchir des contreforts, accroché comme un insecte à la paroi.

Quand il montait à Paris, c’était pour se faire un peu de sous. Il était embauché à la journée par un copain sur des installations temporaires de musées ou sur le démontage d’œuvres d’art. De ces journées de chantier, il rentrait heureux et fatigué, et sombrait rapidement dans le sommeil du juste.

Plusieurs fois, j’ai hésité à l’accueillir dans mon lit, mais il y avait cet objet que ma mère avait acheté pour lui et qui lui servait de couchage.

Texte Guillaume Desnoyers · Illustration Éric Doxat

La fiche

Type
Collaboration · Édition
Designer
matali crasset
Année
1998 — 2000
Fabricant
Domeau & Pérès
Dimensions
140 × 190 cm (lit déplié)
Matières
Aiguilleté · Mousse double densité · Zip
Lancement
Salon Satellite, Milan 1998
Statut
Sur commande

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