Réalisation · Fabrice Hyber
Un artiste, une obsession, et des lames d’aluminium poli miroir. Conçu pour la Chanel Mobile Art de Zaha Hadid. Quatre-vingt-dix kilos d’évidence.
Dans cette pageLe fauteuilLes lamesLe récitL’artiste
Cuir rouge, anneaux d’aluminium aux accoudoirs.
Aluminium poli miroir.
« J’ai toujours adoré travailler avec des artistes. Un artiste part d’une image, d’une obsession, sans se demander si c’est livrable à une date précise. C’est là que se passe la création pure. »
Bruno Domeau
Fabrice Hyber arrive avec un projet qui porte déjà un nom : Couteau Suisse.
En 2006, Chanel lui confie une commande pour la Mobile Art, cette grande structure itinérante conçue par Zaha Hadid pour transporter l’univers de la maison à travers le monde. Il faut des fauteuils, un canapé. Fabrice Hyber apporte avec lui l’idée du Couteau Suisse : un fauteuil dont les accoudoirs se déploient en lames articulées, comme celles de l’outil universel. Une première version existait déjà, mais ses lames, trop fines, presque à un millimètre, manquaient de présence.
Je me suis posé la question autrement : comment retrouver l’acier d’un vrai couteau suisse, cette beauté de l’outil ? J’ai dessiné chaque lame sur ordinateur, une à une, en tenant compte de tous les mouvements possibles, puis j’ai fait appel à un métallier pour les découper et les assembler.
« Les lames sont en aluminium. Poli miroir sur les faces, brossé sur le dessus. Ce ne sont ni les mêmes ateliers, ni les mêmes gestes : le poli miroir est un travail d’une précision et d’une endurance physique rares. »
Bruno Domeau
J’ai dessiné l’ensemble du fauteuil, qui se démonte entièrement : dossier, accoudoirs, chaque élément se désosse. La pièce avoisine les quatre-vingt-dix kilos. Ce poids n’est pas un défaut. L’objectif n’était ni la légèreté, ni même le confort. C’était qu’il en impose. Une pièce démonstrative, une sculpture autant qu’un siège.
C’est ça que j’aime dans le travail avec un artiste comme Fabrice : on entre dans son univers, on comprend de l’intérieur pourquoi il a décidé ça. Et ce qu’on fabrique ensemble n’aurait pas pu exister autrement.
L'artiste
Peintre, plasticien, membre de l’Académie des Beaux-Arts, Fabrice Hyber construit depuis des décennies une œuvre foisonnante, où le dessin prolifère et où chaque toile semble en engendrer une autre. Ses peintures déconcertent d’abord, puis racontent : il faut accepter de le suivre dans sa logique propre, celle d’un esprit qui pense par associations et par excès joyeux.
Travailler pour lui, c’est accepter de quitter le terrain rassurant de la fonction. Là où un designer pense l’usage, la date, le marché, Fabrice part d’une intuition et la pousse jusqu’au bout. Le Fauteuil Couteau Suisse est né de cette liberté-là. C’est précisément ce qui en fait, pour moi, une pièce à part : la trace d’une rencontre entre une obsession d’artiste et un savoir-faire d’atelier.
Fabrice Hyber · Artiste · Membre de l'Académie des Beaux-Arts
Le fanzine · Domeau & Pérès
Si, plus tôt, il avait pu s’enfuir, il n’aurait pas hésité une seconde. Il était maintenant ficelé sur ce fauteuil rouge aux multiples tablettes. L’objet était d’une beauté évidente et, malheureusement, il ne pouvait, à cet instant, en apprécier l’incontestable valeur.
La belle Samantha ondulait face à lui dans le contre-jour du coucher de soleil. Pourtant, une seule idée lui passait par la tête : comment arriverait-il à atteindre le petit couteau suisse que les gardes du corps de la cruelle châtelaine avaient laissé passer dans la poche intérieure de son costume d’alpaga ?
Texte Fabrice Hyber · Illustration Éric Doxat